mig


-  mig est loin d' être un groupe inconnu auprès des membres de Massive Attack Area, bon nombre d' entre nous sont déjà sous le charme de ce trio grenoblois plus que prometteur !

-  Djazia, Mat et Piero ont participé avec plaisir à notre web-interview et nous les en remercions ;o) , bonne lecture à vous ! et pour en savoir encore plus sur eux, leur univers et leur actu : http://www.mig-le-site.com/

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MAA  : Avez-vous passé de bonnes fêtes ? (NDL' A : les questions ont été posées par les membres début janvier 2005)
(mat)  : Elles sont déjà loin mais oui merci.


MAA  : Parlez-nous un peu de votre rencontre, les débuts...
(piero)  : Au début "mig" était le projet d' un collectif grenoblois dont seule Djazia est encore aujourd' hui la représentante. Avec Mat, après avoir fait partie de quelques formations de styles divers, nous en étions à nous initier aux machines et à l' electro en général dans le cadre d' un collectif qui s' appelait "sayat nova". Nous sommes arrivés dans le projet "mig" en tant que section rythmique au début de l' été 2000 pour qu' il puisse exister sur scène. Grenoble est une petite ville avec un milieu culturel assez actif. De nombreux musiciens d' horizons divers s' y croisent et se connaissent au moins de vue. C' était notre cas et ça a tout de suite fonctionné entre nous à l' idée d' évoluer dans un univers mêlant electro et acoustique. Tout est allé ensuite très vite et très rapidement. Enregistrement du 6 titres "sad society songs", départ de deux membres du début de l' histoire et une vingtaine de dates en première partie des sinsemillia. C' est sur ces dates et ce contexte un peu particulier que nous avons vraiment appris à nous connaître tous les trois et à faire grandir notre envie de partager un bout de route ensemble.


MAA  : Que signifie "mig" ?
(djaz, mat, piero)  : top secret défense 😉


MAA  : D' où vient l' idée de ce métissage des cultures ?
(djazia)  : Le métissage n' était pas un concept fondateur de la musique dans "mig". Elle se voulait trip-hop, en anglais... Si ce n' est que le chant était déjà marqué d' accents et d' intentions arabes. Par la suite la musique s' est enrichie de nouvelles sonorités. On a écouté d' autres musiques par le biais de différentes rencontres et petit à petit cela a teinté notre propre univers.
Puis l' idée de chanter en arabe s' est imposée très vite.
Les chansons en arabe sont pour moi de véritables terrains d' expérimentation. Dans "mig", les textes sont écrits en arabe algérien (et même algérois !) par un parolier que j' estime être une perle rare ! Ce sont des textes actuels, poétiques et qui puisent des références dans la culture algérienne : la musique, la langue, les images, le patrimoine...
Le but n' est pas simplement d' importer des consonances folkloriques mais de proposer un travail d' écriture original, qui ait du fond en même temps qu' un intérêt artistique. Avec une telle richesse de sens, mais aussi de sons, on a envie de créer l' inattendu dans la musique, de confronter des univers. D' autant que le trip-hop est une musique qui se prête parfaitement aux images évoquées dans les textes.
En cela, le "métissage" n' a pas été "conceptualisé" au départ.
Il y a des démarches qui deviennent des évidences, qui s' imposent à soi parce qu' elles font partie de nous. "mig" est comme un chemin qui révèle les envies de chacun, propres aux bagages culturels et artistiques des uns et des autres : je pense par exemple que chanter en arabe n' est pas simplement un effet de style mais c' est aussi un lien avec des origines, avec une langue.
(mat)  : Cela s' est fait naturellement en piochant les choses qui nous plaisent dans différentes cultures. C' est également dû à nos origines diverses et à une volonté de ne pas s' enfermer.


MAA  : Que pensez-vous de la scène electro trip-hop française ?
(mat)  : Pour être tout à fait franc, je ne la connais pas ou peu.
(piero)  : Je ne suis pas trop au courant non plus de tout ce qui se fait mais je suis toujours avec intérêt l' actualité de nos voisins lyonnais du Peuple de l' herbe et celle du label Jarring en général.
(djazia)  : Je ne la connais pas vraiment mais je trouve que d' une manière générale, une vague d' artistes français plus ou moins dans cet esprit est vraiment intéressante : Meï tei cho, Le Peuple de l' herbe, Camille, Mélampyre etc...


MAA  : Est-ce facile de trouver ses marques, de s' imposer par rapport aux autres groupes (plus connus ou en phase de reconnaissance) ?
(mat)  : La question ne se pose pas vraiment dans ces termes. On ne raisonne pas par rapport aux autres groupes, ni en voulant s' imposer, ni en cherchant à se démarquer ; mais plutôt par rapport aux envies musicales que l' on a et à la cohérence de notre propre univers sonore.
(djazia)  : Je pense que ce qui importe, c' est de se placer dans sa musique. Le reste est une histoire de moyens de diffusion que l' on a plus ou moins pour arriver dans des oreilles qui, elles, choisissent...
Nous avons eu la chance, pour "dhikrayat", de bénéficier d' une promotion qui nous a fait découvrir à un public. Dans le fond, il ne s' agit pas d' évincer les autres, mais de se faire entendre aussi, d' avancer soi-même dans la diversité de ce qui se fait.
(piero)  : C' est une question qui est en rapport, comme le souligne Djazia, avec le business musique. En effet l' impact d' un groupe sur le public dépend beaucoup des moyens mis en oeuvre pour le faire connaître. Il ne s' agit pas simplement d' exister artistiquement mais aussi médiatiquement.
Trouver ses marques, que ce soit pour composer ou pour élaborer une stratégie de développement c' est aussi faire des choix, des erreurs et continuer en en tirant les leçons. Il y a dix mille façons d' atteindre ses objectifs ; il faut simplement essayer de rester en accord avec ce que l' on est.


MAA  : N' est-ce pas difficile, aujourd' hui, avec toutes ces sonorités trip-hop/dub différentes de se démarquer et de trouver un créneau original qui sort de la masse ?
(djazia, mat)  : On ne cherche à se démarquer par rapport à ce qui se fait dans le trip-hop électro uniquement, mais d' une manière générale, parce que ce projet tire aussi ses inspirations d' autres couleurs musicales, éloignées du trip-hop. Et c' est en même temps ce qui nous place.
Dans notre travail, on cherche toujours à ne pas tomber dans tel ou tel style marqué même si on en emprunte des couleurs (les sons arabes, les rythmiques ternaires plus présentes sur le prochain album, les rythmes en 7 temps, des samples ethniques, des débits ragga....) Et ce sont ces couleurs, étrangères au trip-hop à proprement parlé, qui nous différencient du même coup.


MAA  : Comment fonctionnez-vous sur l' écriture, la composition ? (les compos se mettent en place comment ? qui lance les idées de départ ? qui a le dernier mot ? qui s' occupe des arrangements ?)
(djazia)  : Dans le groupe, tout le monde peut composer, jeter ses idées, proposer des instrumentaux. L' existence d' une mélodie ou début de mélodie de chant détermine un travail plus précis sur tel ou tel instrume. Alors, on s' échange la version, on travaille en atelier pour faire évoluer le morceau jusqu' à son stade final.
D' une façon générale, étant sur la même longueur d' ondes, les choses se bouclent facilement. Chacun donne son avis sur les morceaux jusqu' à la fin. Et ça fonctionne...
L' intérêt étant dans la confrontation d' idées qui débloque parfois des situations, et dans la richesse de la matière proposée...
(mat)  : Les compos viennent de petites idées que chacun propose (grille, formule rythmique, ambiance sonore...) et que chacun enrichi à sa façon. C' est la sensation que l' on a ou pas qui a le dernier mot.
(piero)  : C' est un long processus à chaque fois différent. Tout le monde y participe à un moment ou à un autre. On parle aussi beaucoup des sensations recherchées et de la façon de les réaliser. Il n' y a pas vraiment de méthode mais une envie certaine de se renouveler et d' essayer des choses. Djazia prend en charge les mélodies (lead et choeurs) et tout le monde participe aux arrangements. Brain s' implique aussi beaucoup dans le travail de son et d' arrangement et nous amène le recul nécessaire pour valider les choses en bout de course.


MAA  : Quelles sont vos influences musicales ?
(mat)  : Toutes les musiques (mais moins les musiques pop et rock) ainsi que la lecture, le cinéma, la peinture...
(piero)  : En vrac : Smoke City, Massive Attack, Portishead, Fugees, Bjork, Nusrat Fateh Ali Khan, Cam, Franck Sinatra, Tom Waits, Finley Quaye, Nina Simone, Donny Hathaway, Michael Jackson, Arthur H, les BO de films...Diverses, elles sont souvent associées à des rencontres.
(djazia)  : Ils ont tout dit au-dessus !!! J' ajouterai la musique traditionnelle arabe, des rythmiques afro : Oumou Sangare, Rokia traore... Asian Dub... Difficile de différencier ce qu' on aime de ce qui nous influence à plus ou moins forte dose !! En plus ça dépend des périodes...


MAA  : Qu' est-ce qui tourne actuellement sur votre platine ?
(mat)  : roots manuva : awfully deep
burhan öcal : jardins ottomans
robert schumman : scenes d' enfants
george brassens
sayat nova : on s' en pose

(piero)  : beck : midnight vulture
chopin : suites pour piano
roots manuva : awfully deep
smoke city : flying away
camille : le fil

(djazia)  : oumou sangare
roots manuva : awfully deep
djay-z
rokia traore
camille


MAA  : Pour chacun d' entre vous, que pensez vous de Massive Attack ?
(djazia)  : Au total, je m' aperçois que je connais peu... Ce que je ressens c' est une profondeur de son, et un univers étrange. J' aime l' esprit. Je mentirais en disant que je suis fan pour m' attirer les bons augures des internautes abonnés à votre site !!! Toutefois, je suis intriguée de mieux connaître... Bon... j' y vais tout de suite... !!
(mat)  : Ils ont ouvert la porte à un tout nouvel univers musical qui n' existait pas auparavant, ils sont une référence dans ce style-là.
(piero)  : C' est Arno (Jarsaillon, le concepteur de nos pochettes ainsi que de tout le visuel du groupe) qui m' a fait découvrir Massive Attack. À la première écoute du "Blue Lines" ça a été la gifle ! Celui-ci, "Protection" et "Mezzanine" tournent encore régulièrement chez moi. J' ai moins accroché sur la suite mais ça reste un incontournable.


Questions à Djazia :
MAA  : Comment travailles-tu les mélodies vocales ? les textes ? arrives-tu en studio avec tout préparé ou laisses-tu l' inspiration du moment te guider ?
(djazia)  : Souvent, je commence par improviser à la voix sur une version instrumentale. Le fait de travailler sur ordinateur me permet d' enregistrer tout ce qui me passe par la tête, les notes, des bouts mélodies, des nappes de voix harmonisées.... Je cherche alors une idée assez pertinente pour en faire un fil directeur, un propos de départ. Bien souvent, je fais de nombreux essais et j' enregistre beaucoup de voix avant d' arriver à quelque chose qui me paraisse intéressant !!!
Ensuite, c' est une succession d' essais, de recherche de notes, de variations pour arriver à une mélodie complète. Une mélodie peut passer par différentes phases avant d' aboutir souvent à une forme d' évidence ! Parfois des mélodies viennent plus vite que d' autres... Tout est beaucoup question de sensations... Je ne procède pas en la matière d' un point de vue technique, mais plutôt avec le feeling... Je cherche beaucoup à trouver une justesse de ton, une intention de chant... C' est très important à ce stade de la composition... La mélodie ne suffit pas, il faut aussi trouver la manière de l' interprêter... Souvent, ça va de paire.

Les textes sont souvent écrits sur la base de mélodies à quelques exceptions près. Y compris les textes que je n' écris pas : souvent, le parolier écrit sur la base de mélodies plus ou moins abouties et respecte une métrique, c' est à dire les longueurs des phrases chantées. C' est ce que je fais aussi lorsque j' écris.
Sur "dhikrayat", au contraire, les textes de K.S ont été écrits, puis mis en musique.
Aujourd' hui, on axe plus qu' avant le travail sur les mélodies, composées librement sans contraintes de phrases existantes, puis on crée le texte en choisissant les sonorités, en respectant le débit et les intentions suggérées par le chant.
Les textes ont toujours été pour moi une facette de la musique, parfois un outil pour faire exister des mélodies. J' ai pourtant un rapport de plus en plus intime à l' écriture. Ce n' est pas ce qui m' a amené à la musique, mais j' y trouve aussi un moyen d' exprimer de la sensibilité et de l' émotion.... même en anglais !!!
Les thèmes abordés ont souvent pour origine quelque chose de vécu : une émotion forte, une expérience particulière, une sensation, un état d' âme transformé en histoire, en images... Parfois aussi, cela peut s' inspirer de l' atmosphère musicale d' un morceau, d' une intention de chant particulière....

Jusqu' à présent, j' arrivais en studio avec mes parties chants prêtes. Il peut toujours y avoir des impros, des essais sur le moment, mais la base doit être solide. Je pense qu' il est préférable en studio d' être au point. Pour que justement les idées en plus soient du bonus...

MAA  : Pourquoi fixer les gens dans les yeux pendant les concerts ?
(djazia)  : C' est une question qui me questionne 😉 je vais ESSAYER de répondre.
Les concerts sont pour moi des moments très particuliers. Ce sont des moments ou on partage quelque chose d' intime avec des gens qu' on ne connaît pas. Cette ambivalence me fascine. J' ai souvent besoin de ressentir les gens, d' avoir un échange. Parce que le public n' est pas qu' une masse, c' est un ensemble d' individus...
Ca me touche... profondément... alors peut-être que je cherche à voir ces individus, à accorder des petits moments d' échange particulier à travers le regard. Ce n' est pas seulement, un face à face dès lors que vous regardez les gens. Le regard est un échange, un lien, un signe.... Voilà...


Questions à Mat :
MAA  : Sur les compos, tu bosses directement la batterie ou passes-tu d' abord par des programmations rythmiques sur des softs ?
(mat)  : Ca dépend des compos. ce peut être l' un, l' autre ou dès le début un mélange des deux. Ce qui est sûr, c' est que ça passe toujours par l' ordi à un moment donné (pour travailler des boucles enregistrées et/ou programmées). Mais la plupart du temps, c' est dans la tête que ça commence : écouter une instrume et réfléchir à quoi faire dessus. Ensuite se laisser porter sans trop y penser. Chaque morceau a son histoire propre.


Questions à Piero :
MAA  : Comment abordes-tu les compos à la basse, par rapport à un son ? une ambiance ? ou je ne sais quoi ?
(piero)  : Il n' y a pas de règles ou d' habitudes. C' est un curieux et long processus dans lequel la basse n' a pas plus d' importance que le reste. Comme tu le dis un son, une ambiance ou une ligne de basse ou de voix peuvent être à l' origine d' une compo ou au moins d' une envie d' approfondir la sensation qu' il ou elle inspire. Parfois je me donne certains cadres pour m' obliger à ne pas tomber dans certaines recettes déjà utilisées ou pour essayer un terrain sur lequel j' ai moins l' habitude d' aller (tempo plus rapide ou choix d' un instrument particulier...). Je fonctionne chez moi avec un clavier, une guitare, une contrebasse, la basse et les machines. Après les instrumes circulent beaucoup entre nous avant d' arriver au résultat final. C' est surtout l' échange avec les autres qui me fait avancer. D' une part on se laisse aller en jetant pleins d' idées en vrac avec la confiance que les autres feront le tri de ce qui est bien ou pas, et d' autre part nous discutons aussi beaucoup des sensations recherchées. Mat et Brain ont une bonne expérience sur les machines et les patterns batteries donc je ne pousse jamais trop loin la réalisation de ce genre d' éléments. Je fais souvent le lien avec Djaz avec qui on travaille beaucoup sur les structures et l' aspect plus chanson du morceau.
Sinon ce sont des envies du moment ou l' influence de ce qui tourne sur ma platine qui m' orientent plus ou moins consciemment dans telle ou telle direction.

MAA  : Quel materiel utilises-tu ? (basse, ampli, fx)
(piero)  : Une vieille Jazzbass fender dont je ne connais pas l' année précise, mais qui est plus âgée que moi sans aucun doute, et une contrebasse.
Pour l' ampli, je n' en ai pas. Je suis le plus grand "taxeur" d' amplis basse de tout Grenoble 😉 mais celui que je préfère taxer c' est une tête Ampeg à lampes et le baffle qui va avec (8/10 pouces). un jour ' ch allah....
Sur scène, j' utilise la "loopstation rc-20" de boss pour envoyer certains sons travaillés en amont sur l' ordi.

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