Hervé De Crecy


-  Tout comme Stéphane Sednaoui, Hervé de Crecy nous dévoile à travers cette petite interview la singulière histoire du clip « Special Cases ». Massive Attack Area le remercie très chaleureusement d’ avoir si gentiment répondu à nos questions.

MAA  : Comment êtes-vous arrivé sur ce clip ? Avez-vous été contacté (si oui par qui) ? ou bien cela venait il de votre initiative ? Qu’ est ce qui a fait, que « ça » s’ est fait en quelques sortes.
Hervé de Crecy  : Nous avons été contactés par notre producteur. Nous sommes représentés par Black Dog Films, qui est la filiale de la société de production RSA (Ridley Scott Associates), basée à Londres. Notre producteur là bas, John Payne, nous a appelé à nos bureaux de H5 un vendredi de novembre, dans l’ après-midi. Il nous envoie par mail un morceau, en nous disant : voici un morceau de Massive Attack, ça vous intéresse de réfléchir à un clip ? Si oui, envoyez nous un dossier pour lundi ! 2 jours pour pondre une idée, c’ est court… Mais c’ était pour le moins motivant de bosser pour Massive Attack. Le clip devait être fini pour la mi-janvier, ce qui nous laissait à peine un mois au cas où notre idée était retenue… Un mois dans lequel devaient aussi accessoirement avoir lieu Noël, le jour de l’ an, les vacances de 90% des gens avec qui on travaille, etc…

MAA  : Pouvez-vous nous décrire en quelques phrases la façon dont vous avez travaillé avec 3D : qui a eu l’ idée du scénario, aviez-vous entièrement carte blanche ou bien est ce que le 3D souhaitait avoir un oeil sur tout et avait une idée précise de ce qu’ il voulait ?
Hervé de Crecy  : Lorsqu’ on a reçu l’ appel de notre John Payne, il nous a transmis le brief de 3D. Pour le clip de Special Cases, 3D n’ avait que 2 exigences :

  1. le clip devait être réalisé à partir de ce qu’ on appelle en anglais du “stock footage”, c’ est à dire des films déjà tournés (images d’ archives, images de commande, ou autres) ;
  2. Il devait avoir un message fort, engagé (comme dans la plupart des clips de Massive Attack).

A partir de là, on s’ est penché sur le morceau lui-même. On l’ a écouté, réecouté. On a décortiqué les paroles. Et on est arrivé à notre idée en se basant sur la structure de la chanson. On s’ est rendu compte que la musique, comme les paroles, était construite sur une dichotomie, une opposition. Musicalement, le morceau est coupé en 2… Vers la moitié, un pont musical sépare les deux parties de la chanson. Ces deux parties sont similaires et à la fois opposées. La chanson parle des contradictions qui forment une personnalité, des différentes identités qui existent dans chaque personne et dans la douleur que peuvent provoquer les choix de vie. Par extension, nous voulions faire quelque chose sur la dualité. On a d’ abord trouvé la structure en miroir, et ce n’ est qu’ ensuite qu’ on est arrivé à parler de biotechnologie de la reproduction. Ca faisait longtemps qu’ on avait envie de montrer la fabrication d’ un être humain en laboratoire, et les images d’ archives nous ont permis de le faire à peu de frais (pas besoin d’ effets spéciaux complexes, un habile montage permet de faire dire ce qu’ on veut à une image).

MAA  : Pourquoi deux versions différentes pour ce clip ?
Hervé de Crecy  : L’ idée des deux versions était inhérente à notre structure en miroir. En écrivant l’ histoire, on avait pensé que le pont musical se situait exactement au milieu du morceau. Comme ce moment était réservé dans notre scénario à la rencontre entre les deux “clones”, les temps se situant avant et après nous permettaient de raconter l’ évolution de chacun. Or, si le temps était le même pour les deux, on pouvait diffuser le film indépendamment à l’ endroit ou à l’ envers. C’ était pour nous une nouveauté intéressante à exploiter, d’ autant que ça n’ avait jamais été vu en clip. Cependant, le principe marchait à 2 conditions :

  1. Il fallait que le pont musical soit exactement au milieu du morceau. Ce qui n’ était pas le cas. On a bien essayé de demander à 3D un mix spécial pour la vidéo mais son manager a tout de suite dit non. Ce qui est compréhensible, vu la durée initiale du morceau (5′ 20” -notre clip de loin le plus long).
  2. Il fallait que la deuxième partie du clip soit en “reverse action”. C’ est-à-dire que si le personnage marche, il doit marcher en arrière, s’ il avance, il recule, etc. Nous étions assez favorable à cette construction au début, mais le manager (Marc Picken) et la commissionnaire du film (Carole Burton Fairbrother) craignaient un côté trop “arty” pour une vidéo grand public. Comme de toute façon notre principe de film réversible ne pouvait pas marcher, on a juste inversé l’ ordre des plans dans la deuxième partie.

Une fois que l’ on a fini la première version, notre producteur (Pete Shuttleworth pour Black Dog Films) comme nous-même pensions que l’ idée d’ une seconde version avait été abandonnée. Mais Marc Picken (et 3D derrière) a insisté pour que nous la fassions. Ce qui n’ était pas des plus faciles car nous avions un peu épuisé notre sélection d’ Images bank…

MAA  : Dans « special cases » on ne voit pas 3D, ni même Sinead : est-ce un souhait de Massive Attack ?
Hervé de Crecy  : Pas particulièrement. Ils n’ avaient pas précisé qu’ ils ne voulaient pas apparaître dans la vidéo, mais ils n’ avaient pas dit le contraire non plus. Donc nous étions libres de les représenter ou non. Mais le message aurait été moins fort s’ ils avaient été présents dans le clip. On est plus concentré sur le propos si les chanteurs ne sont pas visibles… En plus, ils apparaissent plutôt rarement dans leur clip… (en tout cas Massive Attack).

MAA  : Le contact avec 3D a t’ il été facile ?
Hervé de Crecy  : Plus que facile : il n’ en a eu aucun. Même pas un coup de fil. Tout s’ est passé par l’ intermédiaire de son manager Marc Picken. Il n’ est même pas venu voir le clip fini. On lui a fait envoyer une cassette.

MAA  : Sinead O’ Connor était-elle impliquée dans la création de ce clip ou totalement absente ?
Hervé de Crecy  : Totalement absente, malheureusement. C’ est assez frustrant, on aurait bien voulu les rencontrer.

MAA  : Comment 3D a réagi en voyant le clip ? Est que cela correspondait à ses attentes ? Etaient-il surpris (positivement ou négativement) ?
Hervé de Crecy  : Difficile à dire. La seule réflexion qu’ on aie eu de sa part est :”eeh, le mec il a les cheveux trop longs”, en parlant de l’ acteur principal.

MAA  : Avez-vous des anecdotes à nous raconter ?
Hervé de Crecy  : Pas particulièrement. Ludovic a passé minuit du jour de l’ an dans le taxi qui l’ amenait en famille, après avoir passé la soirée dans l’ eurostar puis dans le TGV. Période difficile pour faire un clip. D’ autant que les 9/10è des gens avec qui on voulait travailler étaient en vacances, que les banques d’ images, les boîtes d’ archives audiovisuelles étaient toutes fermées, etc. On en a bavé. Et 21 jours de montage (avec Dayn Williams, chez Cut&Run), un record. Des mauvais fish & chips.

MAA  : Font ils partie des groupes avec lesquels vous tenteriez à nouveau l’ expérience ? Une nouvelle collaboration avec eux serait elle possible ?
Hervé de Crecy  : Quand ils veulent. On a peut-être un projet à leur soumettre, on va voir.

MAA  : Quels sont les artistes avec lesquels vous aimeriez travailler ?
Hervé de Crecy  : Il y en a beaucoup. Comme ça, en vrac, Radiohead, Blur, Phoenix, Gorillaz, Coldplay, Boards of Canada, Beck, les Beastie Boys, the Roots, White stripes, the Strokes les Daft Punk, Wilco…

MAA  : Quels sont vos projets professionnels pour les prochains mois ?
Hervé de Crecy  : Des projets personnels (film, livre & DVD), des publicités et on reste ouverts à tous projets de vidéoclips intéressants.

MAA  : Et pour terminer, quels sont vos goûts musicaux ? Qu ‘ écoutez-vous actuellement ?
Hervé de Crecy  : Mêmes artistes que ceux avec qui on voudrait travailler. Personnellement, j’ écoute beaucoup Wilco en ce moment…

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