Hervé De Crecy


-  Tout comme Stéphane Sednaoui, Hervé de Crecy nous dévoile à travers cette petite interview la singulière histoire du clip « Special Cases ». Massive Attack Area le remercie très chaleureusement d’ avoir si gentiment répondu à nos questions.

MAA  : Comment êtes-vous arrivé sur ce clip ? Avez-vous été contacté (si oui par qui) ? ou bien cela venait il de votre initiative ? Qu’ est ce qui a fait, que « ça » s’ est fait en quelques sortes.
Hervé de Crecy  : Nous avons été contactés par notre producteur. Nous sommes représentés par Black Dog Films, qui est la filiale de la société de production RSA (Ridley Scott Associates), basée à Londres. Notre producteur là bas, John Payne, nous a appelé à nos bureaux de H5 un vendredi de novembre, dans l’ après-midi. Il nous envoie par mail un morceau, en nous disant : voici un morceau de Massive Attack, ça vous intéresse de réfléchir à un clip ? Si oui, envoyez nous un dossier pour lundi ! 2 jours pour pondre une idée, c’ est court… Mais c’ était pour le moins motivant de bosser pour Massive Attack. Le clip devait être fini pour la mi-janvier, ce qui nous laissait à peine un mois au cas où notre idée était retenue… Un mois dans lequel devaient aussi accessoirement avoir lieu Noël, le jour de l’ an, les vacances de 90% des gens avec qui on travaille, etc…

MAA  : Pouvez-vous nous décrire en quelques phrases la façon dont vous avez travaillé avec 3D : qui a eu l’ idée du scénario, aviez-vous entièrement carte blanche ou bien est ce que le 3D souhaitait avoir un oeil sur tout et avait une idée précise de ce qu’ il voulait ?
Hervé de Crecy  : Lorsqu’ on a reçu l’ appel de notre John Payne, il nous a transmis le brief de 3D. Pour le clip de Special Cases, 3D n’ avait que 2 exigences :

  1. le clip devait être réalisé à partir de ce qu’ on appelle en anglais du “stock footage”, c’ est à dire des films déjà tournés (images d’ archives, images de commande, ou autres) ;
  2. Il devait avoir un message fort, engagé (comme dans la plupart des clips de Massive Attack).

A partir de là, on s’ est penché sur le morceau lui-même. On l’ a écouté, réecouté. On a décortiqué les paroles. Et on est arrivé à notre idée en se basant sur la structure de la chanson. On s’ est rendu compte que la musique, comme les paroles, était construite sur une dichotomie, une opposition. Musicalement, le morceau est coupé en 2… Vers la moitié, un pont musical sépare les deux parties de la chanson. Ces deux parties sont similaires et à la fois opposées. La chanson parle des contradictions qui forment une personnalité, des différentes identités qui existent dans chaque personne et dans la douleur que peuvent provoquer les choix de vie. Par extension, nous voulions faire quelque chose sur la dualité. On a d’ abord trouvé la structure en miroir, et ce n’ est qu’ ensuite qu’ on est arrivé à parler de biotechnologie de la reproduction. Ca faisait longtemps qu’ on avait envie de montrer la fabrication d’ un être humain en laboratoire, et les images d’ archives nous ont permis de le faire à peu de frais (pas besoin d’ effets spéciaux complexes, un habile montage permet de faire dire ce qu’ on veut à une image).

MAA  : Pourquoi deux versions différentes pour ce clip ?
Hervé de Crecy  : L’ idée des deux versions était inhérente à notre structure en miroir. En écrivant l’ histoire, on avait pensé que le pont musical se situait exactement au milieu du morceau. Comme ce moment était réservé dans notre scénario à la rencontre entre les deux “clones”, les temps se situant avant et après nous permettaient de raconter l’ évolution de chacun. Or, si le temps était le même pour les deux, on pouvait diffuser le film indépendamment à l’ endroit ou à l’ envers. C’ était pour nous une nouveauté intéressante à exploiter, d’ autant que ça n’ avait jamais été vu en clip. Cependant, le principe marchait à 2 conditions :

  1. Il fallait que le pont musical soit exactement au milieu du morceau. Ce qui n’ était pas le cas. On a bien essayé de demander à 3D un mix spécial pour la vidéo mais son manager a tout de suite dit non. Ce qui est compréhensible, vu la durée initiale du morceau (5′ 20” -notre clip de loin le plus long).
  2. Il fallait que la deuxième partie du clip soit en “reverse action”. C’ est-à-dire que si le personnage marche, il doit marcher en arrière, s’ il avance, il recule, etc. Nous étions assez favorable à cette construction au début, mais le manager (Marc Picken) et la commissionnaire du film (Carole Burton Fairbrother) craignaient un côté trop “arty” pour une vidéo grand public. Comme de toute façon notre principe de film réversible ne pouvait pas marcher, on a juste inversé l’ ordre des plans dans la deuxième partie.

Une fois que l’ on a fini la première version, notre producteur (Pete Shuttleworth pour Black Dog Films) comme nous-même pensions que l’ idée d’ une seconde version avait été abandonnée. Mais Marc Picken (et 3D derrière) a insisté pour que nous la fassions. Ce qui n’ était pas des plus faciles car nous avions un peu épuisé notre sélection d’ Images bank…

MAA  : Dans « special cases » on ne voit pas 3D, ni même Sinead : est-ce un souhait de Massive Attack ?
Hervé de Crecy  : Pas particulièrement. Ils n’ avaient pas précisé qu’ ils ne voulaient pas apparaître dans la vidéo, mais ils n’ avaient pas dit le contraire non plus. Donc nous étions libres de les représenter ou non. Mais le message aurait été moins fort s’ ils avaient été présents dans le clip. On est plus concentré sur le propos si les chanteurs ne sont pas visibles… En plus, ils apparaissent plutôt rarement dans leur clip… (en tout cas Massive Attack).

MAA  : Le contact avec 3D a t’ il été facile ?
Hervé de Crecy  : Plus que facile : il n’ en a eu aucun. Même pas un coup de fil. Tout s’ est passé par l’ intermédiaire de son manager Marc Picken. Il n’ est même pas venu voir le clip fini. On lui a fait envoyer une cassette.

MAA  : Sinead O’ Connor était-elle impliquée dans la création de ce clip ou totalement absente ?
Hervé de Crecy  : Totalement absente, malheureusement. C’ est assez frustrant, on aurait bien voulu les rencontrer.

MAA  : Comment 3D a réagi en voyant le clip ? Est que cela correspondait à ses attentes ? Etaient-il surpris (positivement ou négativement) ?
Hervé de Crecy  : Difficile à dire. La seule réflexion qu’ on aie eu de sa part est :”eeh, le mec il a les cheveux trop longs”, en parlant de l’ acteur principal.

MAA  : Avez-vous des anecdotes à nous raconter ?
Hervé de Crecy  : Pas particulièrement. Ludovic a passé minuit du jour de l’ an dans le taxi qui l’ amenait en famille, après avoir passé la soirée dans l’ eurostar puis dans le TGV. Période difficile pour faire un clip. D’ autant que les 9/10è des gens avec qui on voulait travailler étaient en vacances, que les banques d’ images, les boîtes d’ archives audiovisuelles étaient toutes fermées, etc. On en a bavé. Et 21 jours de montage (avec Dayn Williams, chez Cut&Run), un record. Des mauvais fish & chips.

MAA  : Font ils partie des groupes avec lesquels vous tenteriez à nouveau l’ expérience ? Une nouvelle collaboration avec eux serait elle possible ?
Hervé de Crecy  : Quand ils veulent. On a peut-être un projet à leur soumettre, on va voir.

MAA  : Quels sont les artistes avec lesquels vous aimeriez travailler ?
Hervé de Crecy  : Il y en a beaucoup. Comme ça, en vrac, Radiohead, Blur, Phoenix, Gorillaz, Coldplay, Boards of Canada, Beck, les Beastie Boys, the Roots, White stripes, the Strokes les Daft Punk, Wilco…

MAA  : Quels sont vos projets professionnels pour les prochains mois ?
Hervé de Crecy  : Des projets personnels (film, livre & DVD), des publicités et on reste ouverts à tous projets de vidéoclips intéressants.

MAA  : Et pour terminer, quels sont vos goûts musicaux ? Qu ‘ écoutez-vous actuellement ?
Hervé de Crecy  : Mêmes artistes que ceux avec qui on voudrait travailler. Personnellement, j’ écoute beaucoup Wilco en ce moment…

Jérôme Lateur


-  A l’ occasion de la sortie de la BO du film « Danny The Dog », Monsieur Jérôme LATEUR, le Directeur de la Division Musique de la Société EuropaCorp, nous a accordé en exclusité une interview. Nous le remercions très chaleureusement.
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Jérôme LATEUR

MAA  : « Pouvez-vous nous raconter comment se sont faits les 1ers contacts avec Massive Attack ? (qui les a contacté, ont ils été emballés tout de suite, votre 1 ère rencontre avec eux).
Jérôme Lateur  : Au départ, il y a eu une réflexion artistique au sujet de la musique du film entre Louis Le Terrier (réalisateur du film), Luc Besson (producteur), et moi-même. Nous cherchions quel style de musique conviendrait au mieux à ce film climatique. Plusieurs pistes ont été évoquées (Aphex Twin, Placebo, Fat Boy Slim, Massive Attack). Je me suis donc rapproché des différents managers afin de proposer le film à ces artistes. C’ est en fin de compte par l’ intermédiaire et avec l’ aide de Luc Charles & Benjamin Chulvanij (D.G & D.G adjoint de Delabel / E.M.I) que nous sommes remontés jusqu’ à Massive Attack et Marc Picken (leur manager). Nous avons donc fait un premier rendez-vous à Londres chez Virgin en présence du management, de la maison de disque et du réalisateur afin de décrire le projet. Nous avons eu un excellent contact avec Marc Picken qui semblait être assez intéressé pour faire remonter le projet jusqu’ au groupe (3D, Neil Davidge…). Nous avons donc présenté le film à Massive Attack qui suite à la projection nous a confirmé son accord pour composer pour la première fois de leur carrière un score de musique de film dans son intégralité.

MAA  : Quelles ont été les différentes étapes de création de cette bande originale (du début du projet à la réalisation finale) ? comment le groupe a t’ il abordé ce « travail ».
Jérôme Lateur  : Massive Attack a abordé la composition du score de façon très artistique et professionnelle. Artistique d’ abord puisqu’ ils ont cherché à servir le film au mieux des indications fournies par le réalisateur Louis Le Terrier qui s’ est rendu à plusieurs reprises dans le studio de Massive Attack à Bristol afin de donner sa vision artistique du film. Professionnelle ensuite, puisque Massive Attack a dû mettre toute sa créativité et sa personnalité artistique au service d’ un film qui est lui-même le fruit d’ un immense travail de groupe. Ainsi nous avons donc travaillé 4 mois environ dans leur studio de Bristol pour toute la phase d’ écriture et de composition. Nous avons également enregistré les cordes dans un studio de Londres pendant une journée. Puis nous avons fini la production ainsi que le mixage 5.1 (cinéma) aux studios Digital Factory en Normandie durant 1 mois.

MAA  : Le groupe a t’ il vu le film (avant / après) ?
Jérôme Lateur  : Oui bien sûr, le groupe a vu le film dès nos premières approches, il était important pour eux et pour nous-même, qu’ ils apprécient le film et qu’ ils puissent se l’ approprier pleinement. Par la suite, Massive Attack a été en pleine possession du film tout au long de la phase de composition et de production, il était primordial qu’ ils composent la musique à l’ image.

MAA  : Quel souvenir garderez-vous de cet enregistrement ? L’ ambiance était elle bonne ?

Jérôme Lateur  : L’ ambiance était excellente, ce sont de grands professionnels qui maîtrisent parfaitement bien leur art, il faut dire que la musique de film est un exercice de style passionnant pour un groupe aussi créatif que Massive Attack. Le souvenir le plus marquant, c’ est lorsque le groupe nous a présenté les premières musiques finies avec les cordes, mais pas encore mixée. La qualité sonore et artistique des premières musiques étaient carrément hallucinante, même avant mixage, très impressionnant vraiment.

MAA  : Parmi les quelques rumeurs qui ont circulées à droite et à gauche, nous avons quelques fois entendu qu’ il avait été question que Liz Frazer (la chanteuse du groupe Cocteau Twins) participe à cette BO, est ce vrai ? Certains disent que Daddy G n’ a pas participé, est-ce vrai ? Neil Davidge était il de la partie ?
Jérôme Lateur  : Les rumeurs ne sont que des rumeurs, il ne faut généralement pas y prêter attention. En réalité, nous avons évoqué la possibilité d’ avoir un ou une interprète sur le générique de fin du film (comme c’ est souvent le cas sur les musiques de générique de fin au cinéma), c’ est vrai, mais la réalité concerne en fait Dot Allison et non pas Liz Frazer. Pour tout vous dire (et ce sera peut-être même le « scoop » du jour pour vous grands adorateurs de Massive Attack), nous avons bel et bien un titre absolument magnifique de Massive Attack interprété par Dot Allison. En fait, ce titre se trouve en générique de fin du film, il fait plus de 6 minutes, il est très proche de l’ univers du groupe à mon sens et ne se trouve pas sur la B.O.F, il est exclusif au film (avis aux amateurs…). Par ailleurs, concernant les autres rumeurs, bien sûr que Neil Davidge était de la partie, c’ est un être exceptionnel par sa gentillesse, sa disponibilité et son talent. 3D était naturellement très impliqué lui aussi sur l’ ensemble du projet mais est-ce bien nécessaire de le mentionner dès lors que l’ on a pris connaissance de la B.O.F, c’ est une évidence. Il y avait également Lee qui a pris part à l’ ensemble des phases techniques de mixage et de production (une sorte de petit génie de l’ informatique). Concernant Daddy G, il est vrai que nous l’ avons moins vu en studio, mais de là a dire qu’ il n’ a pas participé du tout, il y a un énorme fossé.

MAA  : Pourquoi, au final, aucun des morceaux de la BO ne comporte de chant ? »
Jérôme Lateur  : C’ est un choix artistique fait par Massive Attack, une volonté de restituer au mieux l’ univers musical du film sur la B.O.F, garder une démarche expérimentale qui selon nous est très intéressante. Et puis c’ est vrai sur la B.O.F, par contre sur le film, nous avons quand même un titre magnifique auquel je fais référence plus haut.

Danny the Dog (B.O.F)


-  Enregistré en : 2004
-  Sortie : 12 octobre 2004

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Danny the Dog

1 Opening Title
2 Atta’ Boy
3 P Is For Piano
4 Simple Rules
5 Polaroid Girl
6 Sam’ s Tunes
7 One Thought At A Time
8 Confused Images

9 Red Light Means Go
10 Collar Stays On
11 You’ ve Never Had A Dream
12 Right Way To Hold A Spoon
13 Everybody’ s Got A Family
14 Two Rocks And A Cup Of Water
15 Sweet Is Good
16 Montage
17 Everything About You Is New

18 The Dog Obeys
19 Danny The Dog
20 I Am Home
21 The Academy

En exclusité pour Massive Attack Area, une interview de Jérôme Lateur, Directeur de la Division Musique de la Société EuropaCorp.

You will find HERE an interview of Jerome LATEUR, executive Director of the Music Division of EuropaCorp, exclusively for Massive Attack Area.

Stéphane Sednaoui

-  Lors de la création de la section vidéographie nous avons pensé à l’ enrichir petit à petit, et en fonction de nos possibilités, d’ interviews des différents réalisateurs ayant travaillé avec Massive Attack.

-  Stéphane Sednaoui a été l’ un des 1ers à accepter de se prêter au « jeu ». Il nous a livré sur cd audio une interview passionnante et très enrichissante, un certain 13 octobre 2004 à 5h30 du matin…

-  Toute l’ équipe de MAA le remercie de s’ être si gentiment et si généreusement livré à nous, de nous avoir accordé quelques minutes de son précieux temps et d’ avoir si bien exprimé sa passion pour son travail.

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Stéphane Sednaoui

MAA  : Connaissiez-vous musicalement le groupe Massive Attack avant la réalisation de Sly ?
Stéphane Sednaoui  : Oui, je connaissais depuis le 1er album Massive Attack et je mourrais d’ envie – je crevais d’ envie – de faire un clip pour eux et ils avaient le fantastique réalisateur Baillie Walsh qui avait fait des clips tellement sublimes, qui avait tellement innové que c’ était très excitant pour moi l’ idée de travailler avec Massive Attack.
Non seulement la musique était fantastique, mais en plus, Baillie Walsh avait vraiment mis le paquet. C’ était très très excitant l’ idée de travailler avec ce groupe et de faire un clip qui soit à la hauteur de ce que Baillie Walsh avait fait. Et puis finalement, j’ ai du attendre le 2 ème album.

MAA  : Appréciez-vous ce qu’ ils font ?

Stéphane Sednaoui  : Enormément. Même si Massive Attack n’ est plus Massive Attack dans le sens ou ce n’ est plus le groupe d’ origine. J’ adore aussi le dernier album que 3D a fait et voilà, il y a toujours le même esprit et ça me plait toujours énormément.

MAA  : De quelle manière avez-vous été approché par Massive Attack sur ce clip ? Comment « ça » s’ est fait en quelque sorte ?
Stéphane Sednaoui  : A l’ époque je bossais pas mal avec Carole Burton Fairbrother et c’ est elle qui m’ a contacté, si je me souviens bien, pour me proposer de faire un clip pour Massive Attack (Sly). A l’ époque je devais faire « Bedtime stories » pour Madonna et j’ avais accumulé comme ça des idées dans ma tête. J’ avais pris un peu de notes et puis finalement j’ étais pas prêt. Je suis parti en vacances. Elle était impatiente, elle a décidé de faire le clip avec Mark Romanek qui lui était plus que prêt. Et puis Carole m’ a appelé pour me proposer les Massive Attack et j’ étais dans un certain état d’ esprit. Il y avait plein de choses que je voulais faire comme ça et certaines de ces idées, je les ai transposées, je les ai projetées dans la musique de Massive Attack. Et voilà j’ avais trois thèmes, trois idées différentes que j’ ai mis toutes les trois, qui s’ enchevêtrent dans le clip.

MAA  : Comment s’ est passé le travail avec eux ? Ils avaient une idée prédéfinie de ce qu’ ils voulaient ou bien leur avez-vous proposé le scénario ?
Aviez-vous eu carte blanche ou bien est ce que le groupe souhaitait avoir un oeil sur tout ?

Stéphane Sednaoui  : A l’ époque, c’ était vraiment une période fantastique pour les réalisateurs de clip parce que, en général, il y avait des supers budgets pour des musiciens artistes qui aujourd’ hui n’ auraient plus du tout les mêmes budgets. Donc il y avait Massive Attack , Bjork, Tricky. Tout ces gens là avaient des supers budgets pour faire des clips et ils avaient l’ intelligence et le goût de choisir quelques réalisateurs artistes et de leur faire confiance. Donc Massive Attack, j’ ai écrit un « treatment » et puis c’ est tout. Je ne crois même pas avoir discuté avec eux de quoique ce soit. J’ ai écrit le « treatment ». Ils étaient enthousiastes, enfin je l’ espère, et puis ensuite on a tout préparé et on les a rencontré pour tourner. Donc j’ avais vraiment carte blanche. L’ idée c’ était vraiment, comme je l’ ai dit, des choses que j’ avais en moi. Et puis la musique était tellement cinématographique. C’ était vraiment comme un soundtrack d’ un film un peu incroyable et donc je me suis laissé complètement partir en écoutant la musique. La chanson était un peu différente aussi parce qu’ il y avait Nicolette.

MAA  : Comment sont les Massive Attack au travail ? (faciles à diriger ou non)
Stéphane Sednaoui  : Il y avait pour ce clip 4 personnes, puisqu’ il y avait : Nicolette, Mushroom, 3D et Daddy G. Et ils avaient chacun leur personnalité. Nicolette était très enthousiaste et très facile à diriger. 3D était pour moi aussi assez facile à diriger parcequ’ il est assez puissant au niveau de son énergie et ça pourrait être un acteur aussi. Donc il y avait comme ça une tension intérieure qui était géniale devant la caméra. Mushroom c’ était différent, je ne sais pas s’ il était timide ou s’ il m’ aimait pas ou si le courant ne passait pas. Mais c’ était plus difficile avec lui, j’ arrivais pas à le saisir. Quand à Daddy G, lui, il était très gentil, mais c’ était pas son truc je crois d’ être devant la caméra en tout les cas c’ est ce que je ressentais quand on tournait les plans avec lui.

MAA  : Comment s’ est passé le tournage et dans quelle ambiance ? Avez-vous des anecdotes à nous raconter ?
Stéphane Sednaoui  : C’ était une drôle d’ ambiance parce qu’ il y a eu trois jours de tournage : un jour en studio, un jour dans les jardins et puis un jour dans Wall street. Bon il y avait aussi quelque chose de très sympathique c’ est que je m’ entoure en général d’ amis pour travailler avec moi et surtout à l’ époque ou tout le monde était extrêmement enthousiaste à l’ idée de participer à une musique video. Donc je pouvais appeler plein d’ amis. On avait tous entre 25 et 32 ans et tout le monde était très souvent libre et prêt à venir pour bosser pour participer à un clip. Et en plus ils savaient que obligatoirement ils allaient se voir ensuite sur MTV, tout le monde regardait MTV à l’ époque. Donc il y avait vraiment un vrai enthousiasme. Donc il y avait une ambiance sympa parce que, que ce soit dans la rue ou que ce soit dans le studio il y avait pas mal d’ amis dans le casting. J’ utilisais les membres du groupe très sporadiquement, de temps en temps, pas énormément. Et puis on avait fait aussi un énorme casting de danseurs, de personnages, un énorme stylisme aussi avec des costumes, des choses comme ça. C’ est une de mes vidéos les plus élaborées. Vicky Bartlett avait fait énormément de costumes sublimes. Jerry Schwartz avait fait toute les « props ». Daniel Adric avait fait tous les effets spéciaux techniques des « props » et il avait fait toute la up » direction de la vidéo. Et puis il y avait aussi Ward qui avait aussi des choses sublimes. Donc on s’ était tous tous tous éclatés, défoulés et ça a été vraiment un feu d’ artifice d’ idées et de participations et de tout ça.

Une énorme annecdocte : le matin où on est arrivé pour tourner, on avait réservé une rue, ma rue préférée dans wall street. On est arrivé et la rue était entièrement occupée par le décors de Batman 3. Et on était, à 6 heures du matin, genre « raaaaaaaaaaaah » : la rue qui était vide la veille ou l’ avant veille était remplie des décors. Batman n’ avait pas du tout le droit d’ utiliser cette rue mais comme c’ était un long métrage, il avait tout les droits, donc il avait pris la rue. On a désespérément cherché une autre rue. Et finalement on a trouvé à 4 / 5 blocs de là, après avoir cherché pendant une heure, on a trouvé une rue qui marchait parfaitement. Donc c’ était une petite angoisse de tournage.

Dans les autres anecdotes, au niveau du tournage : on avait pris des gogo danseurs pour danser et donc il a fallu faire le casting et je me suis dévoué pour aller dans les bars de gogo danseurs : les strip bars. Je n’ y suis jamais allé avant, c’ était la 1 ère fois que j’ y allais, et j’ étais extrêmement extrêmement timide j’ osais même pas regarder les filles qui dansaient devant moi. Comme ça la 1 ère heure et puis au bout de 3 / 4 / 5 heures j’ étais complètement habitué. On y était allé avec Daniel Adric et je crois la casting directeur, donc pour moi c’ était une sorte de baptême de la douce décadence de New-York.

MAA  : Avec lequel des membres avez vous eu le contact le plus facile ? (et le plus « difficile »)
Stéphane Sednaoui  : C’ était avec 3D, sans problème, que j’ ai eu le contact le plus facile. Non pas que j’ ai eu des contacts extrêmement faciles avec les trois mais en tout les cas le contact le plus facile était avec 3D. Le plus difficile avec Mushroom parce que le courant ne passait pas je pense. Par contre dire que le contact a été excellent ça non. Parce qu’ il y avait une sorte de distance et on s’ est jamais revu ensuite. Et j’ avais entendu dire qu’ ils aimaient pas le clip. Ils étaient pas contents du clip. Et jusqu’ à ce jour j’ ai gardé une sorte d’ arrière goût parce que j’ avais pas l’ impression qu’ ils avaient été contents du clip. Moi j’ en suis extrêmement content mais en général quand on travaille pour un artiste ou pour un groupe et qu’ on sent et on apprend, on entend dire qu’ ils sont pas entièrement contents : on est toujours un petit peu déçu. Mais je dois dire que sur celui là, j’ ai tellement mis de choses dans le Massive Attack que malgré tout je suis très content du résultat et que j’ aurais souhaité que eux aussi soient très contents du résultat.
Pour moi c’ était un peu… J’ avais une référence, c’ était dans la tête non pas que je cherchais du tout à copier ce film parce que ça n’ a aucun rapport au final, mais j’ avais une référence c’ était « The Man Who Fell To Earth » avec David Bowie. Il y avait une sorte de mélange d’ espace et de temps dans ce film. Il y avait du futur. Il y avait des flashs back à l’ époque du far west. Il y avait le présent. C’ était vachement intéressant et c’ est ça que j’ avais dans la tête et donc pour moi j’ étais très très content du résultat parce que j’ avais vraiment fait une sorte de fantaisie comme ça spacio temporelle et donc voilà.

MAA  : Font ils partie des groupes avec lesquels vous tenteriez à nouveau l’ expérience ? Une nouvelle collaboration avec eux serait elle possible ?
Stéphane Sednaoui  : Oui, je crois même qu’ on m’ avait de faire d’ autres « treatments » pour MA je ne me souviens plus très bien.. Mais oui, j’ aurais adoré que 3D me contacte pour faire un nouveau projet. Bon c’ est pas grave, maintenant j’ ai moins d’ enthousiasme à faire des video clips parce que je suis un peu passé à autre chose parce que les video clips pour moi c’ est énormément de travail c’ est deux semaines de préparations tranquilles à penser qu’ à ça et trois semaines de post production et maintenant je bosse tellement que j’ ai vraiment beaucoup de mal à trouver le temps de faire des clips très élaborés. Donc ce qui marche pour moi c’ est de trouver des idées très simples et de faire des clips très simples mais des idées plus compliquées, j’ ai un peu de mal. Mais par contre j’ adorerais faire kkchose un peu comme une scène de film, pour Massive Attack.

MAA  : Quels sont les artistes avec lesquels vous aimeriez travailler ?
Stéphane Sednaoui  : C’ est une difficile question parce que là, dernièrement j’ ai écoute « citizen cope » ( http://www.citizencope.com ) que j’ adore. J’ ai écouté « Tv On The Radio » ( http://www.tvontheradio.com ) , j’ adore Sigur Ros ( http://www.sigur-ros.co.uk/ ). J’ adore aussi RJD2 et voilà mais ça c’ est un peu les nouveaux trucs. J’ adore toujours DJ shadow, j’ ai toujours craqué pour la musique de DJ shadow depuis le début et voilà… C’ est un peu les musiques que j’ aime alors il peut y avoir aussi d’ autres musiques un peu plus.. par exemple j’ adore Lou Reed et là je suis entrain de faire une compilation de toutes mes videos en dvd. Ca fait partie du Directors label, ( http://www.directorslabel.com/ ) ils ont déjà sorti une compilation pour Spike Jonze, Michel Gondry et Chris Cunningham et donc je vais sortir ce dvd et je cherche à faire un truc en plus, quelque chose qui n’ est jamais sorti. J’ ai donc contacté Lou Reed pour faire une video de « Walk on the wild side ». Donc ça c’ est un projet très excitant pour moi et il faut juste que je trouve du temps pour écrire l’ idée puisque j’ ai plus que quelques semaines pour pouvoir tourner le clip.

MAA  : Quels sont vos projets professionnels ?
Stéphane Sednaoui  : En ce moment je finis et je met la dernière patte à mon website avec les photos, les clips vidéos, des projets personnels, enfin plein de trucs pour avoir vraiment une bonne vue de tout ce que je fais, parce que je fais du reportage, de la mode, des portraits, des video clips et puis des films de pub. Le dvd aussi, la compilation des musiques video, sinon les projets de photos de mode, les projets de pubs, les « commercials », des projets personnels. Donc beaucoup de choses comme ça qui tournent toujours autour de la photo et autour de la musique video et des films de pub avec toujours dans la tête l’ envie de faire un film mais ça .. J’ avais essayé d’ acheter les droits d’ une histoire, ça n’ a pas marché donc j’ attends d’ avoir le coup de foudre pour une nouvelle histoire.

MAA  : Et pour terminer, quels sont vos goûts musicaux ? Qu ‘ écoutez-vous actuellement ?
Stéphane Sednaoui  : Et bien je vous l’ ai dit. Ca va de Chemical Brothers à Björk à Tricky, beaucoup de gens pour lesquels j’ ai travaillé parcequ’ en général je ne travaille que pour des gens dont j’ aime la musique et que j’ aime en tant qu’ artistes. Il m’ est arrivé d’ avoir quelques malencontreuses exceptions mais en général je fais tout, au niveau de la musique video, d’ être très très proche de mes goûts personnels. Quelqu’ un d’ autre que j’ aime beaucoup aussi c’ est Mirwais.